Premier extrait du roman « Le crayon à papier »

J’ai entrouvert les yeux. Ce haut plafond blanc excessivement éclairé que je fixe, empêche mon regard de balayer l’environnement inconnu dans lequel je me trouve. Je suis assommée, comme rouée de coups. Ma nuque s’avère être paralysée au même titre que le corps qui la maintient. Je suis allongée, semi inconsciente et j’ai froid… terriblement froid. Mon sang est si glacé que sa circulation semble avoir été vulgairement interrompue. Un visage très effrayant se penche tout à coup sur moi du côté gauche, puis un second me surprend en arrivant à ma droite sans prévenir. Je ne vois que leurs yeux, la partie inférieure de leur visage est complètement camouflée par un masque vert. Les froncements de leurs sourcils veulent me dire quelque chose avec insistance, mais les seuls sons que je perçois sont des acouphènes aigus qui résonnent de manière incessante dans ma tête curieusement lourde et extrêmement douloureuse. Leurs regards se croisent. Ils se fixent l’un sur l’autre. Leurs têtes s’agitent… ils se parlent entre eux. Tout à coup, je sens un mouvement autour de moi et suis aveuglée par une lumière vive qu’on agite devant mes yeux. Les bruits sont les mêmes qu’auparavant…j’entends un son de sifflet qui me masque toute communication avec ce qui est en train de se passer. Cette lumière me tue, elle ne cesse de gigoter et m’a visiblement effrayée car je ne vois plus personne.

Noir complet.

Que se passe-t-il ? Où suis-je ? Qui étaient ces personnes pétrifiantes qui se mouvaient autour de moi et qui s’étaient ensuite acharnées à me plonger dans le noir le plus total ? Ai-je eu un accident ? Suis-je amnésique ? Je pense que c’est un mauvais rêve… À ce moment-là, c’est effectivement l’hypothèse la plus plausible et il est évident que c’est la première fois que cela m’arrive avec une telle intensité de vérité. Je ne savais pas que l’on pouvait ressentir des émotions lorsqu’on dormait. Mon sommeil n’a jamais été de qualité, certes, mais je pense même qu’au-delà du fait que l’on ne m’ait jamais appris à rêver, je n’ai jamais réussi à ressentir quelque chose autre que la haine envers mon être. Là, tout est nouveau et je ne me retrouve pas. J’ignore complètement la situation terriblement angoissante dans laquelle je m’étais furtivement éveillée, pour mieux me rendormir après.

« Le crayon à papier » – Vanessa Guillot – Chapitre I