Deuxième extrait du roman « Le crayon à papier »

L’espoir.

Où est le mien ? J’avais toujours lu que sans lui rien n’était possible. Serait-ce vrai après tout ?

Au fur et à mesure des jours, je compris l’ampleur de mon trouble alimentaire qui allait me conduire vers une mort certaine que je commençais à percevoir. Ma fatigue, mes grippes à répétition, mes infections virales, l’insuffisance de mes reins et mon teint palot me prouvaient que je n’en étais vraiment pas loin. Il était temps de faire un choix. 

Je décide alors de prendre l’une des options que j’avais envisagé quelques jours plus tôt. Contre toute attente, je choisis celle de prendre le virage à 90 degrés et de me battre contre tous les obstacles qui se mettront en travers de mon chemin.

Je ne veux pas laisser ma place. On ne m’a pas mise au monde pour cela.

À partir de ce moment-là, chaque jour de survie que j’avais la grâce d’exploiter était doté d’une douleur psychologique à en dérouter les fous. Je me battais contre moi-même. Contre ces puissances intérieures imperceptibles mais que je sentais pleinement ancrées en moi, dans ma chair et mon sang. J’entrais en guerre contre elles, contre mon être. Je devais me dépasser et faire taire par moi-même cette fougue barbare qui vivait à l’intérieur et qui me poussait à m’auto-persécuter sans cesse. J’allais de bataille en bataille et le terme est bien faible quant aux déchirements qui se produisaient à l’intérieur de moi dès que je voulais aller de l’avant. C’était comme une guerre virulente envers une partie de mon être qui ne voulait pas s’en sortir. J’avais une partie de moi qui était complètement démoniaque, cruelle, pour ne pas dire méphistophélique et l’autre, très frêle, qui avait enfin décidé de vivre, ou du moins de survivre. Ce dédoublement était infernal et violent.

Décrire ce que je ressentais est difficile, voire impossible. 

Cela me faisait penser au « cas étrange du Docteur Jekyll et de M. Hyde ». L’un contre l’autre, mais dans le seul et même corps.

« Le crayon à papier » – Vanessa Guillot – Chapitre 6